vendredi 7 juillet 2023

Le Nagori du vin

Je ressens parfois l’interpénétration des nostalgies des saisons, si bien décrite par Francis Jammes dans le poème J’ai déjeuné chez un ami.

« Sous l’aigre vent de pluie les carcasses des arbres

agaçaient mes regards qui désiraient revoir

les feuilles de Juillet à la mollesse bleue.

 

Peut-être que, l’Été, sous le leycestria,

nos cœurs regretteront cet après-midi noir

qui nous a fait longtemps rester au coin du feu. »



Dans son essai Nagori, la sensible Ryoko Sekiguchi traite de la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter. Elle nous apprend que dans la langue japonaise, trois termes distinguent l’état de saisonnalité d’un aliment - légume, fruit, algue ou viande : hashiri, sakari, nagori.

Hashiri englobe ce que nous appelons le primeur ; sakari, la pleine saison ; nagori (littéralement l'empreinte des vagues), l’arrière-saison. Les premières cerises, les melons du cœur de l’été, les dernières tomates.


L'état de nagori est empli de la saison qui nous quitte, avec son flot d'émotions.



Nagori no cha et Saint-Martin

 

Ryoko Sekiguchi évoque la cérémonie du nagori no cha, du dernier thé de la récolte de l’année précédente. Elle a lieu en octobre, avant le thé frais de novembre. Ce qui nous fait nous souvenir de la traditionnelle fête rurale de la Saint-Martin (11 novembre)  aujourd’hui disparue, durant laquelle on finissait le vin ancien et goûtait le vin nouveau. « Il y a le vin ancien qui se boit, mais il y a aussi chez nous, l'automne, le vin futur qui vient s'y ajouter et il se respire » écrivait plus modérément Charles-Ferdinand Ramuz dans Vendanges.

 

Avec le vin aussi, on peut donc être sensibles à ces esprits des saisons, et ressentir différemment nos dégustations.

 

Ah, le charme fou sur la plage abandonnée de l'empreinte des dernières vagues de rosé...

Je sais, on n’y est pas encore, bien au contraire, mais repensez-y le moment venu.

 

 


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