vendredi 3 février 2023

Une goutte d’améthyste

Une améthyste taillée en cabochon orne le calice de l’objet dont je veux vous parler aujourd’hui. Cette pierre souligne son caractère vineux.

Variété de quartz, d’une couleur violette pouvant tirer sur le rouge, la pierre a la couleur du vin coupé d'eau. Le verbe μεθω signifiant je suis ivre, αμέθυστος veut dire sans ivresse ou dissipant l’ivresse ; dès l’Antiquité, elle passait pour préserver de l’ivresse, et les riches buveurs utilisaient des coupes d’améthyste - une coupe d’améthyste beaucoup plus récente (1685) figure dans les collections du Louvre.  La mythologie implique Bacchus dans la couleur de vin de la pierre ; ainsi du poème de Rémy Belleau écrit en 1576, Les Amours de Bacchus et d'Améthyste. Le lien avec le sang du Christ en fera la pierre des évêques : elle orne l’anneau épiscopal.

L’objet dont je veux vous parler date du début du XIIIe siècle. Il s’agit d’une corne de bison, un bovidé très présent en Europe jusqu’au Moyen Âge. Celle-ci est montée sur une serre de rapace en cuivre doré ; la pointe de la corne porte un capuchon prolongé d’une boule sur laquelle est juché un aigle (surnommé « cochet » ou « petit coq »). L’objet fait une trentaine de centimètres de haut.

L’objet, à l’origine une corne à boire, devint la mesure étalon des vins utilisée par l’abbaye de Saint-Denis pour le contrôle des mesures de vin dans les territoires sous sa dépendance et lors des foires de Saint-Mathias (février), du Lendit (juin) et de Saint-Denis (octobre).

Sa contenance était différente de la pinte de Paris (0,931 l) puisqu’elle fait 1,464 litre. Son nom officiel était « l’ongle de griffon », animal fantastique du bestiaire médiéval.

Le Grand Prévôt portier de l’abbaye était chargé de la surveillance des poids et des mesures (et en percevait les taxes). L’ongle de griffon était conservé dans le Trésor de l’abbaye de Saint-Denis. Une fois l’an, le lendemain de l’Ascension, il sortait en grande cérémonie, accompagné de religieux et de sergents. Toutes les mesures à vin des tavernes étaient comparés à l’ongle de griffon ; les mesures conformes recevaient la marque de l’abbaye, les mesures non conformes étaient brisées et leurs propriétaires mis à l’amende.

Depuis 1794, ce bel objet se trouve dans les collections de la Bibliothèque Nationale de France et on peut le voir aujourd’hui rue de Richelieu, dans la galerie Mazarin.




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