Sur le parvis Notre-Dame, devant la cathédrale, se trouve un médaillon octogonal en roche et en bronze matérialisant le point kilométrique zéro des routes quittant la capitale : il sert de référence pour le calcul des distances avec les autres villes de France.
Mais ce n’est pas de ce point-là que je voudrais parler. C’est du point d’origine, de départ de la ville de Paris, ou Lutèce, elle-même.
La Seine, la confluence de ce fleuve et de la Marne peuplée dès l’époque néolithique comme le prouvent les pirogues découvertes sous l’ancienne cour Nicolaï des entrepôts de Bercy, une île (la Cité) qui forme deux bras dont l’un au moins est aisé à franchir (le Petit Pont) constituent les premiers éléments de la configuration.
Qui dit fleuve, dit rives mouvantes, marécageuses (le Marais), boueuses (Lutetia vient de lutum, mot latin pour vase, boue), moins propices à un peuplement qu’une hauteur, même faible. Tout près se trouve, ne culminant qu’à 61 mètres, une colline, appelée dès l’époque romaine mons, mons Lucotitius, montagne de Lutèce. D’abord camp militaire, elle devient cellule originelle de la ville, avant de devenir lieu du sacré (mais aussi du savoir) sous la houlette de Clovis, Clotilde, sainte Geneviève et de la République naissante (avec le Panthéon). Mais je veux savoir comment s’est créée cette cellule originelle.
L’organisation de l’espace urbain, que les Romains tenaient des Étrusques est fortement liée au sacré. Lorsque la naissance d’une ville ne s’opère pas par le regroupement de plusieurs villages (comme ce fut le cas à Rome, et fait sur le modèle du synœcisme grec), l’implémentation d’une ville suit plusieurs étapes. Il faut d’abord choisir le lieu approprié : une hauteur en l’occurrence, avec la proximité d’un carrefour de cours d’eau et de routes - un pôle multimodal dirait-on aujourd’hui. Ce choix - fait dans le cas de Lutèce par l’armée romaine - doit être validé par les haruspices, un peu les maîtres en feng-shui ou en courants telluriques d’aujourd’hui. L’haruspice choisit le lieu où avec l’aide de la groma, une perche d’arpentage, il va déterminer les deux axes de la ville, et ses quatre quartiers. La délimitation de l’enceinte sacrée de la ville, par le tracé d’un sillon avec une charrue de bronze tirée par un taureau et une génisse blancs, fait l’objet d’une cérémonie spécifique.
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| La rue Saint-Jacques descendant vers la Seine |
Notre point originel est donc celui où a été planté, au début de notre ère, la groma. Les archéologues fixent ce point au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, face au 172-174, rue Saint Jacques. L’axe nord-sud - le cardo maximus - correspond à la rue Saint-Jacques, au Petit Pont, à la rue de la Cité, prolongée ensuite par la rue Saint-Martin jusqu’à Aubervilliers, Louvres, Senlis.
De ce sommet de la rue Saint-Jacques, on voit la pente descendre vers la Seine puis la rue Saint-Martin. Sur cet axe ont vécu Villon et Nerval.
Le cardo était doublé d’une autre voie : le boulevard Saint-Michel puis la rue Saint-Denis.
L’axe est-ouest - le decumanus maximus - correspond à la rue Soufflot. Dans le quart nord-ouest se trouvait le forum, centre religieux, commercial et civique (Un petit bout de mur est visible dans l’entrée du parking du 61, boulevard Saint-Michel).
À bien analyser, on s’aperçoit que le cardo est plutôt orienté vers le nord-nord-est et le sud-sud-est. Vers le sud, il conduit ainsi à un centre commercial et passage majeur de la Loire, proche de Paris : Orléans (Cenabum). Vers le nord, il passe entre les hauteurs de Montmartre et de Belleville.
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| Devant le 172-174 rue Saint-Jacques |
Au Moyen Âge, la montagne Sainte-Geneviève (mais aussi une grande part de la rive gauche) sera couverte de vignes, avec par exemple les clos Sainte-Geneviève, Saint-Symphorien (aujourd’hui collège Sainte-Barbe), Tiron (à Cardinal-Lemoine).
Aujourd’hui, au point zéro de Lutèce (au 172-174, rue Saint Jacques) se trouvent les Caves du Panthéon.



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