L’âge d’or des vins du nord coïncide avec l’optimum médiéval climatique qui culmina au XIIIe siècle[1]. C’est ce que rappelle un ouvrage consacré à La Bataille des vins de Henri d’Andeli. L’auteur (Catherine Dulhoste) témoigne de la suprématie dans les années 1224-1226 des vins « françois », ceux du « Pays de France » qui couvre le triangle Paris - Soissons - Reims.
Le vin blanc d’Argenteuil, clair comme larme d’œil, est alors le parangon de ces vins de grande qualité.
La carte des crus de l’ouvrage dessine bien une zone de vins septentrionaux, proches d’ailleurs des grands centres politiques et économiques de l’époque : autour de Rennes, en Normandie, dans l’Île-de-France et la Champagne actuelle[2], ainsi qu’en Moselle et en Alsace.
La nouvelle donne induite aujourd'hui par les changements climatiques actuels n’est pas éloignée de cette époque.
Les vignobles renaissent ou se développent en Normandie, dans le nord de la France, en Belgique, aux Pays-Bas et dans le sud de l’Angleterre. Il ne s’agit pas seulement de simples initiatives amateurs, qui trouvent quant à elles toute légitimité dans leur objectif convivial ou patrimonial. La région Île-de-France, à l’initiative de professionnels mais aussi des services de l’État (préfecture de région, DRIAFF) se met en ordre de marche au sein d’une IGP Île-de-France (obtenue en 2020)[3].
En Bretagne aussi, l’activité viticole se développe[4]. Nous avons pu, le 14 juin, à Paris (chez Rouge aux Lèvres), déguster, avec des journalistes de Movis, des vins des jeunes vignes d’Édouard Cazals : un vin rouge issu de cépage grolleau, un vin blanc de chardonnay. Le nom de l’exploitation, Les Longues Vignes, présent historiquement au cadastre, témoigne de l’ancienneté viticole de ces bords de Rance, près de Saint-Malo. Les vignerons bretons, réunis dans deux associations d’amateurs (ARVB) et de professionnels (AVB), sont une trentaine, présents un peu partout, notamment autour de Vannes et Lorient (sur l’île de Groix aussi), attachés à montrer que leurs vins, comme ceux que nous avons dégustés, ont leur caractère propre.
[1] L’optimum climatique médiéval fut suivi par le petit âge glaciaire, une ère de refroidissement qui dura jusqu’au XIXe siècle.
[2] La Champagne viticole ne sera distinguée en tant que telle qu’à la toute fin du XVe siècle.
[3] Voir : https://levinfaitdeshistoires.blogspot.com/2023/06/la-deuxieme-fete-de-la-vigne-dile-de.html
[4] À lire : Le renouveau des vins bretons, Pierre Guigui, 2022, Éditions Apogée


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